Depuis le début de l'année 2026, les PFAS figurent parmi les paramètres suivis lors du contrôle sanitaire de routine de l'eau potable. Cette échéance, longtemps annoncée, permet de dresser un premier bilan chiffré à l'échelle nationale, issu du contrôle de routine : combien de mesures dépassent la limite, où se concentrent ces dépassements, et ce qu'il faut réellement en comprendre.
Les données issues de la base SISE-Eaux dessinent un phénomène minoritaire mais bien réel : 3,1 % des analyses dépassent la valeur de gestion, sans qu'il s'agisse pour autant d'une contamination généralisée du robinet français. Cet article suit le fil de l'actualité réglementaire et présente ce que révèlent les analyses. Pour comprendre ce que sont ces substances et leurs effets sur la santé, notre dossier dédié détaille le cadre et la nature de ces composés.
Ce qui a changé pour l'eau du robinet début 2026
Deux échéances distinctes se sont succédé, qu'il faut distinguer sans les opposer. Au niveau européen, la directive (UE) 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine fixait au 12 janvier 2026 la date d'application de ses nouveaux paramètres, dont les PFAS. Elle laisse aux États membres le choix entre deux indicateurs : la « Somme des PFAS » (20 substances) à 0,10 µg/L et le « PFAS Total » à 0,50 µg/L.
En France, ces substances ont été intégrées au contrôle sanitaire de routine dès le 1er janvier 2026, une surveillance anticipée étant en place depuis le 1er mars 2025. Ce calendrier repose sur l'ordonnance n° 2022-1611 du 22 décembre 2022, l'arrêté du 11 janvier 2007 modifié et l'instruction DGS/EA4/2025/22 du 19 février 2025, comme le rappelle l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes.
Un point mérite d'être posé d'emblée : la limite de 0,10 µg/L retenue en France est une valeur de gestion, fondée sur le principe d'une eau aussi peu contaminée que possible. Ce n'est pas un seuil toxicologique en dessous duquel tout risque disparaîtrait et au-dessus duquel un danger immédiat surgirait.
Ce que montrent nos analyses à l'échelle nationale
Le paramètre de référence est la « Somme de 20 PFAS » (n° 8847 dans la nomenclature SISE-Eaux), comparée au seuil de 0,10 µg/L. Sur l'ensemble des relevés disponibles, le bilan se résume ainsi.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Mesures analysées | 21 697 |
| Dépassements du seuil | 672 |
| Part des mesures en dépassement | 3,1 % |
| Concentration moyenne | 0,0177 µg/L |
| Maximum relevé (pic ponctuel) | 4,10 µg/L |
Deux précautions de lecture s'imposent. D'abord, ces 672 dépassements représentent 3,1 % des mesures, et non 3,1 % des communes ni de la population : un même point de prélèvement peut être analysé plusieurs fois, et une commune peut cumuler plusieurs relevés. Ensuite, la concentration moyenne nationale, 0,0177 µg/L, se situe sous le seuil, mais cette moyenne agrège une majorité de prélèvements à très faible teneur, voire sans détection : elle ne dit rien des situations locales les plus élevées, examinées plus bas.
Le maximum de 4,10 µg/L est un pic ponctuel, relevé sur un prélèvement isolé : il ne reflète en rien une valeur moyenne ou durable. Ces chiffres sont consultables et actualisés sur notre carte nationale des analyses ainsi que sur la fiche du paramètre 8847.
Une géographie concentrée sur quelques départements
Les dépassements ne se répartissent pas uniformément sur le territoire. Sept départements concentrent environ deux tiers des dépassements relevés, avec des profils différents : la densité du réseau de surveillance explique une partie des écarts, l'origine des PFAS n'étant pas établie de la même façon partout.
| Département | Nombre de dépassements |
|---|---|
| Haut-Rhin (68) | 91 |
| Rhône (69) | 89 |
| Ardennes (08) | 75 |
| Meuse (55) | 56 |
| Isère (38) | 51 |
| Oise (60) | 49 |
| Bouches-du-Rhône (13) | 42 |
Le Haut-Rhin et le Rhône arrivent en tête. Là encore, ces totaux comptabilisent des mesures : un département où le réseau de surveillance est dense et les prélèvements nombreux fera logiquement remonter davantage de dépassements qu'un territoire moins suivi. Le nombre de dépassements ne constitue donc pas, à lui seul, un classement du risque sanitaire.
Vallée de la chimie au sud de Lyon : un cas industriel documenté
Le sud de l'agglomération lyonnaise constitue le seul cas industriel où un lien direct avec les dépassements est aujourd'hui clairement documenté. La vallée de la chimie y concentre des sites historiques dont les rejets ont marqué les eaux.
Selon l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, l'usine Arkema a été identifiée pour ses rejets de 6:2 FTS, dont l'arrêt est intervenu en décembre 2024, et l'usine Daikin pour le PFHxA. Le captage de Ternay se situe autour de 0,2 µg/L, et environ 29 communes sont concernées.
Ce cas illustre une causalité établie, à distinguer nettement des autres territoires où l'origine des PFAS n'est pas formellement documentée. Les sites industriels susceptibles d'émettre ces substances relèvent notamment de la réglementation sur les installations classées, recensées dans notre rubrique ICPE.
Les communes aux moyennes les plus élevées
Trois communes présentent les moyennes les plus hautes de la base. Elles doivent être citées avec prudence : aucune cause précise n'y est documentée, et ces moyennes, de plus de vingt fois le seuil, reposent sur les seuls relevés disponibles dans la base.
| Commune | Concentration moyenne |
|---|---|
| Louppy-sur-Loison (55) | 2,41 µg/L |
| Juvigny-sur-Loison (55) | 2,22 µg/L |
| Villy (08) | 2,12 µg/L |
Ces trois communes se situent dans le nord-est du pays (Meuse et Ardennes). Contrairement au secteur lyonnais, aucune source industrielle n'a été publiquement reliée à ces valeurs, et il serait hasardeux d'avancer une explication. Nous nous limitons donc à rapporter les mesures telles qu'elles figurent dans la base SISE-Eaux.
Que signifie réellement un dépassement du seuil ?
Un dépassement de 0,10 µg/L ne signifie pas qu'une eau devient toxique du jour au lendemain. Cette valeur est un repère de gestion, pensé pour maintenir les concentrations aussi basses que possible sur le long terme, et non un seuil à partir duquel une maladie surviendrait mécaniquement.
Pour situer les enjeux sanitaires, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé en 2020 une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 ng/kg de poids corporel pour la somme de quatre PFAS (PFOA, PFNA, PFHxS et PFOS), l'effet critique retenu étant une baisse de la réponse immunitaire. Cette valeur concerne l'exposition alimentaire totale et ne se traduit pas directement en une limite dans l'eau.
Autrement dit, aucune relation de cause à effet directe entre un verre d'eau du robinet et une pathologie ne peut être affirmée à partir d'un dépassement ponctuel. Ce qu'un dépassement déclenche, selon l'instruction de la Direction générale de la santé du 19 février 2025, c'est une procédure de gestion : analyses de confirmation, information des usagers, et le cas échéant restrictions d'usage ou traitement renforcé. Le détail de ces étapes est expliqué dans notre article sur les analyses officielles.
Les campagnes de l'ANSES confirment-elles le constat ?
Oui, dans l'ensemble. Les résultats de SISE-Eaux convergent avec les campagnes menées par l'ANSES entre 2023 et 2025 : les concentrations relevées sont majoritairement inférieures à la limite, et les dépassements restent peu fréquents.
Ces campagnes apportent toutefois un éclairage supplémentaire sur le TFA (acide trifluoroacétique), détecté dans environ 92 % des prélèvements. Ce composé n'entre pas dans la « Somme de 20 PFAS » actuellement suivie : il fera l'objet d'une surveillance ajoutée en 2027. Sa très large présence ne se lit donc pas dans les chiffres présentés plus haut, ce qui invite à ne pas confondre le périmètre réglementaire actuel avec l'ensemble des composés fluorés existants.
La réglementation va-t-elle encore se durcir ?
Oui, et le mouvement est déjà engagé. La loi n° 2025-188 du 27 février 2025, dite loi « polluants éternels » (publiée au Journal officiel le 28 février), prévoit plusieurs mesures d'ampleur :
- des interdictions de mise sur le marché dès 2026 pour certains produits contenant des PFAS : cosmétiques, farts de ski et textiles d'habillement, hors équipements de protection individuelle ;
- une extension de l'interdiction à l'ensemble des textiles en 2030 ;
- une redevance sur les rejets de PFAS et un objectif de réduction de 70 % des rejets industriels d'ici 2028 ;
- l'ajout du TFA et du 6:2 FTSA à la surveillance de l'eau en 2027.
Le ministère de la Transition écologique détaille l'ensemble du dispositif. Pour comprendre concrètement ce que la réglementation change pour l'eau du robinet, on pourra consulter notre article dédié à la réglementation 2026, et pour le cadre d'ensemble, notre dossier de référence.
Méthodologie et sources : les chiffres nationaux, départementaux et communaux sont issus de la base SISE-Eaux (paramètre « Somme de 20 PFAS », n° 8847), pour un seuil de gestion de 0,10 µg/L. Cadre réglementaire : directive (UE) 2020/2184. Situation régionale et sud de Lyon : ARS Auvergne-Rhône-Alpes. Repères sanitaires : EFSA (2020). Campagnes de mesure : ANSES. Évolutions législatives : loi n° 2025-188 du 27 février 2025. Ce contenu est informatif et ne se substitue pas aux communications officielles de votre agence régionale de santé.
