Polluants émergents

PFAS dans l'eau du robinet en France : ce que disent les 21 000 analyses officielles

· Publié le 20 mai 2026
PFAS dans l'eau du robinet en France : ce que disent les 21 000 analyses officielles

Depuis 2022, les ARS ont réalisé plus de 20 000 mesures du paramètre « Somme 20 PFAS » dans l'eau du robinet en France. 648 dépassements du seuil réglementaire 0,1 µg/L sont recensés, concentrés dans une dizaine de départements industriels. Stats par dpt, contexte réglementaire (directive UE 2020/2184 entrée en vigueur le 12 janvier 2026), conseils pratiques.

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont devenus en 5 ans l'un des sujets les plus brûlants de la santé environnementale. Surnommés « polluants éternels » car ils ne se dégradent ni dans l'environnement ni dans le corps humain, ils sont désormais réglementés dans l'eau du robinet : depuis le 12 janvier 2026, la limite de qualité pour la « Somme 20 PFAS » est fixée à 0,1 microgramme par litre (directive UE 2020/2184). Les ARS ont anticipé cette échéance par des campagnes massives. Voici ce que disent les 21 000 analyses déjà disponibles dans la base SISE-Eaux.

Le bilan en chiffres

Sur les 20 633 mesures du paramètre n° 8847 « Somme 20 PFAS » réalisées entre 2022 et début 2026 dans l'eau distribuée, voici la photographie nationale :

  • 648 dépassements du seuil 0,1 µg/L (soit 3,1 % des analyses).
  • 10 729 communes échantillonnées au moins une fois, soit environ 30 % du territoire français couvert.
  • Forte montée en charge : 38 mesures en 2022, 329 en 2023, 1 808 en 2024, 15 689 en 2025. L'année 2025 concentre 76 % des analyses, sous l'effet de l'approche de l'échéance réglementaire.

Le détail commune par commune est consultable sur notre carte nationale PFAS.

Une géographie marquée par l'industrie

Les dépassements ne sont pas répartis uniformément. Ils se concentrent dans une dizaine de départements industriels, qui hébergent ou ont hébergé des installations particulièrement émettrices : usines chimiques de fluoropolymères, sites de production de mousses anti-incendie, anciens dépôts militaires, plateformes pétrochimiques.

Le palmarès des départements les plus touchés (en nombre de dépassements) :

  1. Haut-Rhin (68) : 91 dépassements sur 6 communes – base américaine de Mulhouse, ancien site DuPont à Niederbruck.
  2. Rhône (69) : 89 dépassements sur 18 communes – « vallée de la chimie » (Pierre-Bénite, Ternay, Saint-Fons) où Arkema et Daikin sont sous surveillance.
  3. Ardennes (08) : 75 dépassements sur 13 communes – anciennes activités métallurgiques.
  4. Meuse (55) : 56 dépassements sur 4 communes – héritage militaire.
  5. Isère (38) : 51 dépassements sur 9 communes – plateforme chimique de Pont-de-Claix / Roussillon.
  6. Oise (60) : 49 dépassements sur 9 communes.
  7. Bouches-du-Rhône (13) : 42 dépassements concentrés sur Fos-sur-Mer, longtemps emblématique des pollutions PFAS françaises.
  8. Aude (11) : 32 dépassements sur Narbonne, héritage de la base aérienne et activités industrielles.

Le seuil 0,1 µg/L : que représente-t-il ?

La directive (UE) 2020/2184, dite « eau potable », est entrée en vigueur dans tous les États membres le 12 janvier 2023 et impose des analyses à partir du 12 janvier 2026 pour le paramètre « Somme 20 PFAS » avec une limite de qualité de 0,1 µg/L. Ce seuil porte sur la somme massique de 20 PFAS individuels (PFOS, PFOA, PFHxS, PFNA, et 16 autres).

À titre de comparaison :

  • Le seuil français pour les nitrates dans l'eau potable est de 50 mg/L, soit 500 000 fois plus élevé. Cette différence d'ordre de grandeur reflète la toxicité aiguë des PFAS (effets observés à très faibles doses, persistance dans l'organisme).
  • L'ANSES recommande depuis 2024 un seuil encore plus strict de 0,02 µg/L pour la « somme de 4 PFAS » (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS), basé sur les travaux de l'EFSA européenne (dose tolérable hebdomadaire de 4,4 ng/kg).
  • Les États-Unis ont fixé en 2024 une limite encore plus basse pour PFOA et PFOS individuellement (4 ng/L, soit 0,004 µg/L), considérant qu'il n'existe pas de seuil sans effet.

La règle française est donc un compromis entre la protection de la santé publique et la faisabilité analytique & technique du traitement.

Que se passe-t-il en cas de dépassement ?

Une mesure isolée > 0,1 µg/L ne déclenche pas automatiquement une restriction de consommation. Le processus est progressif :

  1. Confirmation analytique : l'ARS demande une seconde analyse sur le même point pour exclure une erreur de laboratoire.
  2. Évaluation du dépassement : ampleur (1,5× ou 10× le seuil ?), durée (mesure ponctuelle ou tendance ?), exposition (combien d'habitants concernés ?).
  3. Recommandation aux exploitants : dilution avec une autre ressource, mise en place de charbon actif (filière efficace pour les PFAS courts), substitution de captage.
  4. Information du public : en cas de dépassement durable, communication officielle des restrictions (interdiction de boire, recommandation de l'eau en bouteille pour les femmes enceintes / nourrissons).
  5. Recherche de l'origine : enquête sur les ICPE voisines, contrôles renforcés des rejets industriels, éventuelles poursuites contre les pollueurs.

Comment traiter les PFAS dans l'eau ?

Quatre filières principales sont éprouvées :

  • Charbon actif en grains (CAG) : efficace pour les PFAS à chaîne longue (PFOS, PFOA). Saturation rapide pour les chaînes courtes (PFBS, PFBA) qui nécessitent un renouvellement plus fréquent.
  • Résines échangeuses d'ions : ciblent les PFAS via leur charge anionique. Coût plus élevé mais efficace sur l'ensemble du spectre.
  • Osmose inverse : rétention quasi totale mais consomme beaucoup d'eau (rétention 50-75 %) et nécessite reminéralisation.
  • Membranes nanofiltration : bon compromis efficacité / coût opérationnel pour les grandes UDI.

Le coût d'un déploiement de CAG sur une UDI desservant 50 000 habitants est estimé entre 500 000 et 2 millions d'euros en investissement, plus 100 à 200 k€/an d'exploitation. La responsabilité civile et financière des industriels pollueurs est de plus en plus invoquée pour faire supporter ces coûts (cf. condamnation de 3M aux États-Unis à 10,3 Md$ en 2023, procès en cours en France).

Que faire si votre commune est touchée ?

  1. Vérifier sur notre carte nationale PFAS si votre commune apparaît avec des dépassements et leur fréquence.
  2. Consulter le bilan ARS : le bulletin annuel d'eau distribuée par votre régie (joint à la facture) doit mentionner les analyses PFAS depuis 2026.
  3. En cas d'alerte officielle : respecter strictement les recommandations (femmes enceintes / allaitantes, nourrissons < 6 mois, enfants < 3 ans = priorités).
  4. À la maison : un filtre osmose inverse à brancher sous l'évier (filtre 5 étapes type RO-50) retient > 99 % des PFAS. Coût : 150-300 € + 30-50 €/an de cartouches. Les carafes filtrantes classiques (Brita…) sont peu efficaces sur les PFAS.
  5. Faire pression sur les élus : les conseils municipaux peuvent demander un déploiement accéléré du traitement aux exploitants (Veolia, Suez, SAUR, régies).

Aller plus loin

Sources : SISE-Eaux (data.gouv.fr) · directive (UE) 2020/2184 « eau potable » · ANSES · données 20 633 analyses du paramètre 8847 importées par mon-eau.com.

Source des données : SISE-Eaux / data.gouv.fr  : données diffusées sous Licence Ouverte ETALAB 2.0.

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