Pollution

PFAS dans l'eau potable : où en est la France et que dit la nouvelle réglementation ?

Publié le 06 mai 2026
PFAS dans l'eau potable : où en est la France et que dit la nouvelle réglementation ?

Surnommés « polluants éternels », les PFAS suscitent une inquiétude croissante. La directive européenne 2020/2184 impose désormais des limites pour ces substances dans l'eau du robinet. Tour d'horizon : qu'est-ce que les PFAS, quels sites sont concernés, et que dit votre eau ?

Les per- et polyfluoroalkyles, connus sous l'acronyme PFAS, désignent une famille d'environ 4 700 molécules de synthèse utilisées depuis les années 1940 dans une multitude de produits du quotidien : poêles antiadhésives, emballages alimentaires, mousses anti-incendie, textiles imperméables, cosmétiques, peintures industrielles. Leur particularité : elles ne se dégradent quasiment pas dans l'environnement, d'où leur surnom de polluants éternels.

Depuis 2022, plusieurs scandales sanitaires en Europe (notamment la vallée de la chimie au sud de Lyon, des sites industriels en Italie du Nord, aux Pays-Bas) ont remis le sujet au centre du débat public. L'Union européenne impose désormais, via la directive sur l'eau potable, des seuils contraignants pour l'eau du robinet, transposés en droit français.

Le nouveau cadre réglementaire

La directive (UE) 2020/2184 sur la qualité de l'eau destinée à la consommation humaine, transposée en droit français, fixe pour la première fois des limites pour les PFAS dans l'eau du robinet :

IndicateurLimitePérimètre
Somme des PFAS (ensemble des 4 700 molécules)0,5 µg/LMesure indicative, capacités analytiques limitées
Somme PFAS « 20 » (les 20 molécules les plus surveillées)0,1 µg/L (= 100 ng/L)Limite de qualité contraignante

En droit français, plusieurs textes (notamment des arrêtés relatifs au contrôle sanitaire) ont progressivement intégré les PFAS dans les plans de surveillance des Agences régionales de santé. Pour la situation réglementaire et la stratégie nationale, voir le Plan d'action interministériel sur les PFAS et la page Surveillance de l'état des eaux du ministère de la Transition écologique, ainsi que le portail santé.gouv.

Quels sont les PFAS les plus surveillés ?

Parmi les « PFAS-20 », on trouve notamment :

  • PFOA (acide perfluorooctanoïque), utilisé jusqu'en 2013 dans la fabrication du Téflon
  • PFOS (sulfonate de perfluorooctane), interdit depuis 2009, encore largement présent
  • PFNA, PFHxS, PFHxA, PFBS, molécules de substitution, parfois aussi persistantes
  • GenX et ADONA, chimies de remplacement développées dans les années 2010, dont la toxicité est encore en cours d'évaluation

Sites particulièrement suivis en France

Le ministère de la Transition écologique a engagé une démarche de cartographie des sites industriels susceptibles d'émettre ou d'avoir émis des PFAS. Plusieurs zones ont fait l'objet d'une attention médiatique et sanitaire particulière, parmi lesquelles :

  • la vallée de la chimie au sud de Lyon (notamment Pierre-Bénite), où des dépassements ont été documentés ces dernières années ;
  • certains aéroports et anciens sites militaires, en lien avec l'usage historique de mousses anti-incendie de type AFFF ;
  • diverses zones industrielles (chimie, plasturgie, traitement des textiles).

Pour vérifier la situation près de chez vous, consultez la carte interactive en sélectionnant le filtre « PFAS » dans la liste des familles de paramètres.

Effets sanitaires connus et présumés

Les études épidémiologiques accumulées au cours des deux dernières décennies (notamment les études américaines de cohorte autour des sites de production) suggèrent des liens entre exposition aux PFAS et plusieurs effets sanitaires :

  • altération de la réponse immunitaire (notamment baisse de la réponse vaccinale chez l'enfant) ;
  • certains cancers : en décembre 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le PFOA dans le groupe 1 (« cancérogène pour l'homme »), et le PFOS dans le groupe 2B (« peut-être cancérogène »), évolutions reprises dans le dossier PFAS de l'Anses ;
  • hypercholestérolémie et perturbations thyroïdiennes ;
  • effets sur la grossesse et le développement fœtal (notamment faible poids de naissance).

Pour les évaluations sanitaires officielles à jour, consulter le dossier PFAS de l'Anses, qui présente les avis successifs sur ces substances.

Que pouvez-vous faire ?

  1. Vérifier les analyses de votre commune sur ce site ou sur le site de votre ARS
  2. Filtre à osmose inverse à domicile : c'est aujourd'hui la méthode la plus efficace (>95 %) pour retirer les PFAS de l'eau
  3. Charbon actif : efficace sur les PFAS à chaîne longue (PFOA, PFOS), moins sur les chaînes courtes
  4. Réduire les autres sources d'exposition : ustensiles antiadhésifs anciens, emballages anti-graisse, textiles imperméables traités

Pour aller plus loin


Source des données : SISE-Eaux / data.gouv.fr — données diffusées sous Licence Ouverte ETALAB 2.0.