Dossier thématique

Microplastiques dans l'eau du robinet en France : ce que disent les études

Présence, méthodes de détection, risques sanitaires : panorama complet de la pollution aux microplastiques dans l'eau de consommation française, à la lumière des travaux ANSES, OMS, CNRS et de la directive européenne 2020/2184.

· Publié le 31 mai 2026
Microplastiques dans l'eau du robinet en France : ce que disent les études
En 30 secondes
5mm à 1 µm
C'est la gamme de taille des microplastiques, particules issues de la fragmentation des plastiques manufacturés. On en trouve aujourd'hui dans toutes les eaux de surface et souterraines françaises, à des concentrations très variables, sans valeur limite réglementaire fixée à ce jour.
627 points
Campagne nationale ANSES 2023-2025 couvrant 20 % de l'eau distribuée en France.
2027
Échéance fixée par la directive UE 2020/2184 pour définir une méthode standardisée de mesure des microplastiques dans l'eau de boisson.
98 %
Part estimée des microplastiques contenus dans l'eau potable qui passent sous le seuil des méthodes analytiques actuelles (CNRS-Toulouse, 2025).
0
Valeur limite réglementaire en eau de boisson : aucun seuil n'est fixé par l'OMS ni par la France à ce jour.

Qu'appelle-t-on un microplastique ?

Le terme microplastique désigne, par convention internationale, toute particule de matière plastique dont la dimension est comprise entre 5 millimètres et 1 micromètre. En deçà, on parle de nanoplastiques. La définition reste discutée, certains auteurs proposant de descendre à 100 nanomètres ou de monter à 25 mm pour intégrer les microbilles cosmétiques. Les microplastiques regroupent toutes les familles de polymères : polyéthylène (PE), polypropylène (PP), polystyrène (PS), polyéthylène téréphtalate (PET), polychlorure de vinyle (PVC), polyamide (PA), élastomères et copolymères. À ces polymères s'ajoutent les additifs incorporés en fabrication (plastifiants type phtalates, retardateurs de flamme, colorants) susceptibles d'être relargués dans l'eau.

On distingue deux catégories selon l'origine :

  • Microplastiques primaires : fabriqués directement à cette taille pour un usage industriel ou cosmétique (microbilles dans les exfoliants, granulés de pré-production plastique appelés nurdles, fibres textiles synthétiques relarguées au lavage) ;
  • Microplastiques secondaires : issus de la fragmentation par photo-oxydation, abrasion mécanique et action microbienne des plastiques macroscopiques (déchets, pneus, peintures de bâtiment, marquage routier).

Selon l'ANSES, les microplastiques sont aujourd'hui omniprésents dans l'environnement, retrouvés dans les océans, les rivières, le sol, l'air, les habitations et même dans la nourriture. Les voies d'exposition humaine sont multiples : ingestion (alimentation, eau de boisson, sel, fruits de mer), inhalation (poussières domestiques, fibres textiles), contact cutané.

Combien y en a-t-il dans l'eau du robinet ?

Les chiffres publiés varient considérablement d'une étude à l'autre, en raison de l'absence de méthode analytique normalisée. Les principaux travaux récents disponibles en France et à l'international convergent toutefois sur quelques ordres de grandeur :

  • Étude CNRS-Toulouse (janvier 2025) sur l'eau du robinet de Toulouse : entre 338 et 628 particules par litre, avec l'estimation surprenante que 98 % des particules réelles passeraient sous le seuil de détection des méthodes classiques (à cause de leur taille submicrométrique) ;
  • Campagne ANSES 2023-2025 (projet MicrEAU) : 627 points de distribution échantillonnés, couvrant 20 % de l'eau distribuée en France. Les résultats agrégés sont en cours de publication ;
  • Étude internationale 2018 (Université d'État de New York + Orb Media) sur 159 échantillons d'eau du robinet de 14 pays : 83 % contenaient des microplastiques, avec une concentration médiane de 4,3 particules par litre ;
  • Eau en bouteille : selon une étude américaine 2024 (Naixin Qian et al., Columbia, PNAS), jusqu'à 240 000 particules par litre, dont la majorité sont des nanoplastiques. L'ANSES a confirmé en 2025 des concentrations très variables dans les eaux françaises en bouteille, avec des niveaux supérieurs dans certains conditionnements en verre que dans le PET.

La fourchette dans l'eau du robinet française semble globalement plus basse que dans l'eau en bouteille, ce qui n'est pas contre-intuitif : moins de contacts avec des emballages plastiques tout au long du cycle de distribution. Mais aucun consensus international n'existe encore sur la façon de compter et caractériser les microplastiques dans l'eau, ce qui rend toute comparaison entre études délicate.

Comment les détecte-t-on ?

L'analyse des microplastiques dans une matrice aqueuse complexe est techniquement difficile. Trois grandes familles de méthodes coexistent en 2026, chacune avec ses biais :

  1. Microscopie optique + coloration au Nile Red : permet de visualiser les particules de plus de 100 µm. Sous-estime fortement les microplastiques fins.
  2. Spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (FTIR) couplée à un microscope : seuil de détection autour de 20 µm, identifie le polymère. Méthode standard de référence.
  3. Spectroscopie Raman : descend jusqu'à 1 µm, identifie aussi les polymères. Coûteuse, plus lente, encore peu déployée en routine.
  4. Pyrolyse-GC/MS : détruit l'échantillon mais quantifie précisément la masse de chaque polymère, indépendamment de la forme et de la taille. Méthode complémentaire pour les nanoplastiques.

Le projet MicrEAU de l'ANSES a précisément pour objectif de développer une méthode robuste, harmonisée et déployable en laboratoire de contrôle sanitaire de routine. Les premiers résultats confirment la présence de particules dans l'eau distribuée, mais à des niveaux très variables selon les ressources brutes et les filières de traitement appliquées.

Que dit la directive européenne 2020/2184 ?

La directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (transposée en droit français par décret du 18 janvier 2022) mentionne explicitement les microplastiques pour la première fois dans une réglementation européenne contraignante. Le texte demande à la Commission européenne de :

  • Établir avant le 12 janvier 2024 une méthode standardisée de mesure des microplastiques (échéance dépassée, des travaux du Joint Research Centre sont en cours) ;
  • Intégrer les microplastiques à la liste de vigilance (watch list) des substances émergentes à surveiller à l'échelle européenne ;
  • Décider d'ici 2027, sur la base d'études d'occurrence, de l'opportunité d'ajouter les microplastiques à la liste des paramètres réglementés et de fixer une valeur paramétrique.

À ce jour, aucune valeur limite réglementaire n'est applicable en France ni dans l'Union européenne pour les microplastiques dans l'eau de boisson. L'OMS a publié en 2019 un premier rapport (Microplastics in drinking-water) qui concluait, dans l'état des connaissances de l'époque, à l'absence de risque sanitaire significatif aux concentrations observées, tout en soulignant le besoin urgent de recherche complémentaire et de méthodes analytiques harmonisées.

Quels sont les risques sanitaires ?

La toxicité des microplastiques pour l'humain reste activement étudiée, avec trois niveaux de préoccupation distincts :

Toxicité physique des particules

Les particules de plus de 150 µm sont éliminées par voie digestive sans absorption notable. Les particules entre 1 et 150 µm peuvent passer la barrière intestinale en très petite quantité (estimée à moins de 0,3 % de la dose ingérée selon l'EFSA). Les nanoplastiques sous 100 nm posent question : la traversée des barrières biologiques (intestinale, hémato-encéphalique, placentaire) est possible et la littérature commence à documenter leur présence dans le sang humain, le placenta, le cerveau.

Lixiviation des additifs plastiques

Les plastiques contiennent jusqu'à 16 000 substances additives selon le PlastChem Project (rapport mars 2024 financé par la Commission européenne). De nombreux additifs sont des perturbateurs endocriniens avérés : bisphénols (BPA, BPS, BPF), phtalates (DEHP, DBP, BBP), retardateurs de flamme bromés (PBDE). En présence d'eau, ces additifs se relarguent progressivement. Le risque sanitaire principal est lié à l'exposition chronique aux mélanges complexes plutôt qu'à une particule isolée.

Vecteurs de polluants et de micro-organismes

Les microplastiques adsorbent à leur surface d'autres polluants présents dans l'eau (PFAS, pesticides, hydrocarbures aromatiques polycycliques) et peuvent servir de vecteurs à des micro-organismes (Escherichia coli, Vibrio, bactéries antibio-résistantes), formant ce qu'on appelle la plastisphère. Cette dimension est encore mal quantifiée pour ce qui concerne l'eau de boisson traitée.

L'ANSES, dans son Cahier de la recherche n°17 dédié aux microplastiques et nanomatériaux, souligne que les connaissances sur les effets sanitaires restent incomplètes, en particulier pour les nanoparticules. Plusieurs études toxicologiques sont en cours dans les laboratoires français (Université de Bordeaux, Sorbonne Université, INRAE-OFB), avec un accent sur les effets neurologiques et reproductifs des nanoplastiques.

D'où viennent les microplastiques de l'eau potable ?

Quatre sources principales contaminent l'eau de boisson, dans un ordre d'importance qui dépend du contexte local :

  1. Ressource brute : eaux de surface (rivières, lacs, retenues) et eaux souterraines, polluées en amont par les rejets industriels, les eaux pluviales urbaines (notamment usure des pneus), les rejets de stations d'épuration et les fragments de mulch agricole ;
  2. Usine de potabilisation : filtres et conduites internes en plastique, joints, dosages de coagulants ;
  3. Réseau de distribution : conduites en PE/PVC, vannes, branchements particuliers ;
  4. Bouilloires, robinets et installation intérieure : selon une étude écossaise de 2024, l'ébullition de l'eau dans une bouilloire électrique en plastique peut libérer jusqu'à 100 millions de nanoparticules par litre, par dégradation thermo-mécanique du polymère.

Pour les eaux d'origine agricole, le mulch plastique (paillage en film plastique très répandu en maraîchage et viticulture) est une source montante. Les films usés se fragmentent dans les sols et leurs résidus migrent vers les nappes peu profondes lors des pluies. Les pneus de voiture, qui s'usent en moyenne de plusieurs kilogrammes par véhicule et par an, libèrent des particules d'élastomère qui ruissellent depuis les voiries vers les milieux aquatiques.

Comment réduire son exposition au quotidien ?

En attendant la publication d'une réglementation européenne et de méthodes analytiques normalisées, plusieurs gestes permettent de réduire l'exposition individuelle aux microplastiques dans l'eau de boisson :

  • Privilégier l'eau du robinet sur l'eau en bouteille : concentrations en microplastiques généralement inférieures, empreinte carbone bien plus faible, surveillance sanitaire continue ;
  • Utiliser des bouteilles réutilisables en verre ou inox, pas en plastique ;
  • Filtrer son eau avec un filtre à charbon actif de qualité (carafe, sur robinet) : retient une partie des microplastiques de plus de quelques micromètres, mais ne traite pas les nanoplastiques ;
  • Éviter les bouilloires en plastique : préférer les modèles en verre ou inox ;
  • Ne pas réchauffer d'aliments dans des contenants en plastique, en particulier au four à micro-ondes ;
  • Choisir des vêtements en fibres naturelles (coton, lin, laine) plutôt que synthétiques (polyester, acrylique), qui relarguent beaucoup moins de microfibres au lavage ;
  • Installer un filtre à microfibres sur la machine à laver si on lave régulièrement du synthétique.

Et la réduction à la source ?

L'enjeu principal n'est pas tant la consommation individuelle que la réduction massive de la production et des usages de plastiques. Les leviers structurels documentés par l'Observatoire national de l'environnement et le ministère de la Transition écologique :

  1. Loi AGEC du 10 février 2020 et calendrier de sortie progressive des plastiques à usage unique en France ;
  2. Interdiction européenne des microbilles plastiques dans les cosmétiques (effective au 17 octobre 2023 via le règlement (UE) 2023/2055) ;
  3. Filtres en sortie de stations d'épuration pour piéger les microfibres textiles et les particules issues du ruissellement urbain ;
  4. Bassins de rétention des eaux pluviales : la sédimentation lente piège une part importante des particules issues des pneus et des chaussées ;
  5. Traité international contre la pollution plastique : négociations en cours sous l'égide du PNUE (Programme des Nations unies pour l'environnement), réunion INC-5.2 prévue en 2025-2026, premier traité contraignant attendu.

Pour aller plus loin sur le sujet des polluants émergents dans l'eau potable, consultez notre article sur les PFAS dans l'eau du robinet, notre dossier PFAS et réglementation européenne et le hub thématique SISE-Eaux. Les microplastiques ne sont pas (encore) suivis par SISE-Eaux mais cela est susceptible d'évoluer après 2027 si la Commission européenne décide d'ajouter ce paramètre à la directive.


Sources : ANSES – Microplastics and nanomaterials · ANSES – Un cocktail de microplastiques dans notre alimentation · Cahier de la recherche ANSES n°17 · OMS – Drinking-water fact sheet · Directive (UE) 2020/2184 · CNRS (équipes recherche microplastiques eau, Toulouse) · Observatoire national de l'environnement (notre-environnement.gouv.fr).

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