- 1ᵉʳ sept. 2024
- Entrée en vigueur du nouveau cadre (décret n°2024-796 et arrêté du 12 juillet 2024), qui abroge l'arrêté du 21 août 2008.
- Arrosage libre
- Un récupérateur extérieur servant à l'arrosage et au lavage n'exige aucune déclaration.
- Déclaration mairie
- Obligatoire dès qu'un usage intérieur est raccordé ou que l'eau est rejetée à l'égout.
- Boisson interdite
- L'eau de pluie ne doit jamais servir à boire, cuisiner, faire la vaisselle ni à l'hygiène corporelle.
Avec les sécheresses à répétition et la hausse du prix de l'eau, de plus en plus de foyers installent un récupérateur d'eau de pluie. Mais que permet réellement la loi ? Beaucoup de sites encore en ligne citent un texte abrogé. Ce dossier fait le point sur le cadre réellement en vigueur en 2026, des usages autorisés à la déclaration en mairie, en passant par la question de la sécheresse.
L'intérêt est double. Écologique d'abord : une part importante de la consommation domestique sert à des usages qui ne nécessitent pas une eau potable (arrosage, chasse d'eau, lavage). Économique ensuite : chaque mètre cube d'eau de pluie utilisé est un mètre cube d'eau du réseau qui n'est ni facturé ni prélevé sur la ressource, un atout précieux dans les territoires soumis à des restrictions estivales récurrentes. Encore faut-il respecter un cadre précis, car une eau de pluie mal gérée présente des risques sanitaires réels.
Attention : le texte de référence a changé en 2024
Pendant seize ans, la récupération de l'eau de pluie a été régie par l'arrêté du 21 août 2008. Ce texte a été abrogé le 1ᵉʳ septembre 2024. Il est remplacé par deux textes publiés au Journal officiel : le décret n°2024-796 du 12 juillet 2024 relatif aux utilisations d'eaux impropres à la consommation humaine, et l'arrêté du 12 juillet 2024 qui en fixe les conditions sanitaires. Ces textes, consultables sur Légifrance, élargissent le champ des usages autorisés et s'appliquent aussi bien aux maisons individuelles qu'aux bâtiments collectifs, aux établissements recevant du public et aux lieux de travail. La synthèse de référence pour les particuliers reste la fiche pratique de service-public.fr, à jour de ces textes.
Ce que vous avez le droit de faire
Les usages extérieurs : libres
À l'extérieur, l'eau de pluie peut être utilisée sans aucune formalité tant qu'elle n'est pas rejetée au réseau d'assainissement :
- arroser le jardin, le potager et les espaces verts ;
- laver la voiture, les terrasses, les surfaces extérieures ;
- alimenter une fontaine décorative.
C'est l'usage le plus répandu, et le plus simple : une cuve reliée à une gouttière suffit, sans déclaration ni contrainte technique particulière.
Les usages intérieurs : autorisés sous conditions
À l'intérieur du logement, trois usages sont autorisés, à condition de respecter les règles de séparation des réseaux et de déclarer l'installation :
- l'alimentation des toilettes (chasse d'eau) ;
- le lavage des sols ;
- le lavage du linge (lave-linge), sous réserve d'un dispositif de traitement adapté de l'eau.
Le lavage du linge est la grande nouveauté de 2024 : il n'était jusque-là autorisé qu'à titre expérimental. Il devient un usage pérenne, ce qui ouvre des économies d'eau significatives pour les foyers équipés.
Ce qui reste strictement interdit
L'eau de pluie étant non potable, tout usage alimentaire ou d'hygiène corporelle est interdit : boire, cuisiner, faire la vaisselle, se doucher ou se laver. Le principe est qu'aucune eau de pluie ne doit pouvoir être ingérée ou rester en contact prolongé avec le corps. Les usages intérieurs sont par ailleurs interdits dans les établissements sensibles : établissements de santé, structures pour personnes âgées, cabinets médicaux et dentaires, laboratoires d'analyses, crèches, écoles maternelles et élémentaires. Enfin, l'eau récupérée sur une toiture en amiante-ciment ou en plomb est exclue de ces usages.
Quand faut-il déclarer son installation en mairie ?
La déclaration en mairie devient obligatoire dès lors que l'installation comporte un usage intérieur raccordé, ou que les eaux de pluie utilisées sont rejetées dans le réseau public de collecte des eaux usées. Le fondement est l'article R.2224-19-4 du Code général des collectivités territoriales. La déclaration, adressée au service en charge de l'assainissement, mentionne l'adresse du logement et une estimation des volumes utilisés à l'intérieur. À l'inverse, un simple récupérateur extérieur servant uniquement à l'arrosage, sans rejet à l'égout, n'est soumis à aucune déclaration.
La « taxe » sur l'eau de pluie : ce qu'il en est vraiment
Il n'existe pas de taxe nationale spécifique sur l'eau de pluie. En revanche, lorsque l'eau de pluie est utilisée à l'intérieur puis rejetée à l'égout, ce volume est soumis à la redevance d'assainissement collectif, comme n'importe quelle eau usée. Le calcul, prévu par le même article R.2224-19-4 du CGCT, se fait de deux manières : soit au compteur (un dispositif de comptage, posé et entretenu aux frais de l'usager, mesure les volumes), soit au forfait à défaut de compteur, sur la base de critères tenant compte de la surface du logement, du terrain et du nombre d'occupants. Le tarif est fixé par chaque collectivité.
Séparer les réseaux : une obligation de sécurité
Pour éviter toute contamination de l'eau potable, le réseau d'eau de pluie doit être entièrement séparé du réseau d'eau destinée à la consommation humaine. Toute interconnexion entre les deux est interdite, et un dispositif de protection contre les retours d'eau (disconnexion) est obligatoire. Les canalisations d'eau de pluie doivent être clairement repérées, et chaque point de soutirage (robinet, réservoir de WC) doit porter une plaque « eau non potable » avec un pictogramme explicite. Les robinets intérieurs doivent être manœuvrables uniquement à l'aide d'un outil. Le non-respect de l'interdiction de raccordement au réseau d'eau potable est lourdement sanctionné : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.
Entretien et sécurité sanitaire
Une installation avec usage intérieur impose un entretien régulier : vérification tous les six mois de la propreté des équipements et de la signalisation, et chaque année nettoyage ou remplacement des filtres, vérification des vannes, vidange et désinfection de la cuve. Le propriétaire doit tenir à jour un carnet sanitaire de l'installation.
Sur le plan du risque, l'avis de l'ANSES du 22 février 2017 consacré au lavage du linge à l'eau de pluie est nuancé : l'agence a conclu qu'il ne lui était pas possible de réaliser une évaluation des risques sanitaires, du fait de l'hétérogénéité des situations et des pratiques, et a recommandé de ne pas utiliser l'eau de pluie pour le linge des populations les plus vulnérables. Les risques identifiés sont microbiologiques (ruissellement sur la toiture, stagnation en cuve) et chimiques (pesticides présents dans les pluies, métaux des toitures). Ce n'est ni une interdiction, ni un blanc-seing : la prudence et l'entretien restent de mise.
Sécheresse : peut-on arroser avec son eau de pluie ?
C'est l'un des grands intérêts de la récupération. En règle générale, l'arrosage avec de l'eau de pluie stockée reste autorisé pendant les restrictions sécheresse, car les arrêtés préfectoraux portent sur les prélèvements dans la ressource (réseau d'eau potable, cours d'eau, nappes, forages) et non sur une eau déjà collectée dans une cuve. Deux réserves importantes : au stade le plus grave, le niveau « crise », de nombreux arrêtés interdisent tout arrosage non prioritaire sans exception, y compris à l'eau de pluie ; et la règle dépend de chaque arrêté départemental. Vérifiez toujours le niveau en vigueur dans votre commune. Nous détaillons ces règles dans notre page restrictions d'eau : piscine et arrosage et notre dossier sécheresse et restrictions. Le non-respect d'un arrêté de restriction est une contravention pouvant atteindre 1 500 €.
Quel usage pour quel équipement ?
| Usage | Autorisé ? | Déclaration mairie |
|---|---|---|
| Arrosage, lavage extérieur | Oui, librement | Non |
| Toilettes (chasse d'eau) | Oui | Oui (usage intérieur) |
| Lavage des sols | Oui | Oui (usage intérieur) |
| Lave-linge | Oui, avec traitement adapté (nouveau depuis 2024) | Oui (usage intérieur) |
| Boisson, cuisine, vaisselle | Non, interdit | sans objet |
| Douche, hygiène corporelle | Non, interdit | sans objet |
Bien dimensionner sa cuve
Le bon volume de cuve dépend de deux paramètres : la surface de toiture raccordée et la pluviométrie locale. En première approche, une toiture récupère environ 0,8 litre d'eau par millimètre de pluie et par mètre carré de surface au sol couverte. Sous un climat recevant 700 mm de pluie par an, une toiture de 100 m² peut ainsi capter de l'ordre de 50 m³ d'eau sur l'année. Pour un usage d'arrosage seul, une cuve aérienne de 300 à 1 000 litres suffit généralement ; pour des usages intérieurs (WC, lave-linge), une cuve enterrée de 3 000 à 5 000 litres est plus adaptée afin de lisser les périodes sans pluie. Consultez la pluviométrie de votre commune pour affiner le calcul, et rappelez-vous qu'une cuve surdimensionnée stocke une eau qui stagne : mieux vaut un volume cohérent avec les besoins réels.
Ne pas confondre, enfin, récupération d'eau de pluie et réutilisation des eaux usées traitées (REUT), qui consiste à réemployer les eaux en sortie de station d'épuration : ce sont deux démarches distinctes, encadrées par des textes différents. Nous lui consacrons un dossier dédié.
Quelles aides en 2026 ?
Soyons clairs : le crédit d'impôt national pour la récupération d'eau de pluie n'existe plus, il a été supprimé. Ce qui subsiste :
- la TVA à taux réduit de 10 % sur les travaux d'installation réalisés par un professionnel dans un logement achevé depuis plus de deux ans (régime de droit commun des travaux) ;
- des aides locales variables, proposées au cas par cas par certaines communes, intercommunalités, départements, régions ou agences de l'eau. Renseignez-vous auprès de votre collectivité et de votre agence de l'eau : ces montants ne sont pas garantis et changent souvent.
En résumé
Récupérer l'eau de pluie est une bonne idée, écologique et économique, à condition de respecter trois règles simples : ne jamais la boire, séparer strictement les réseaux, et déclarer en mairie dès qu'un usage intérieur est raccordé ou que l'eau part à l'égout. Pour un usage d'arrosage extérieur, c'est libre et immédiat. Et en période de sécheresse, votre réserve reste en général utilisable, sauf au stade de crise.
Pour aller plus loin : notre page « Puis-je arroser mon jardin ? », notre dossier sur la réutilisation des eaux usées traitées et la fiche eau de votre commune.
Sources : service-public.fr – Récupération de l'eau de pluie (fiche F31481, à jour 2024) · décret n°2024-796 et arrêté du 12 juillet 2024 (Journal officiel, Légifrance) · ANSES – Avis du 22 février 2017 sur le lavage du linge à l'eau de pluie · VigiEau – Restrictions sécheresse par commune · notre-environnement.gouv.fr – Présentation de VigiEau.


