Le plomb est un métal qui présente une toxicité reconnue à très faible dose, en particulier pour les jeunes enfants et les femmes enceintes. Sa présence dans l'eau du robinet est encadrée depuis longtemps par la réglementation européenne, et son seuil va encore se durcir dans les années à venir.
D'où vient le plomb dans l'eau ?
Contrairement à beaucoup d'autres polluants, le plomb dans l'eau distribuée provient très rarement de la ressource elle-même ou de l'usine de production d'eau potable. Le plomb « entre » dans l'eau au cours de son cheminement, généralement :
- dans les branchements publics très anciens reliant la canalisation principale à l'immeuble ;
- et surtout dans les canalisations intérieures du bâtiment, lorsque celui-ci a été construit avec des tuyaux en plomb.
Plus l'eau stagne longtemps dans une tuyauterie en plomb, plus elle se charge en métal dissous. C'est pour cette raison que les fortes concentrations s'observent typiquement après une nuit ou un week-end sans usage.
Le cadre réglementaire : une trajectoire de durcissement
Le code de la santé publique français impose pour l'eau potable une limite de qualité de 10 µg/L (microgrammes par litre) pour le plomb au robinet du consommateur, en application de la directive européenne entrée en vigueur fin 2013[1].
La nouvelle directive (UE) 2020/2184 sur la qualité de l'eau destinée à la consommation humaine maintient ce seuil de 10 µg/L pour l'instant, mais introduit une cible plus stricte de 5 µg/L à atteindre d'ici 2036, en cohérence avec les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé.
Quel risque sanitaire ?
L'intoxication par le plomb (saturnisme) peut provoquer :
- chez l'enfant : troubles du développement neurocognitif, retards d'apprentissage, troubles du comportement ;
- chez l'adulte : hypertension, troubles rénaux, atteintes neurologiques en cas d'exposition prolongée ;
- chez la femme enceinte : passage transplacentaire et effets sur le fœtus.
L'eau du robinet n'est qu'une source d'exposition parmi d'autres (anciennes peintures au plomb, sols contaminés, certains aliments en conserve métallique). Elle est néanmoins celle sur laquelle les pouvoirs publics et les particuliers peuvent agir le plus directement.
Comment savoir si je suis concerné ?
Trois indices à vérifier :
- L'âge du logement. Les canalisations en plomb ont été massivement utilisées jusqu'aux années 1950 et progressivement remplacées ensuite. Leur usage en adduction d'eau potable est interdit en France pour les installations neuves depuis 1995. Un logement antérieur aux années 1960, surtout s'il n'a pas été rénové, présente un risque plus élevé.
- L'aspect des tuyaux (quand ils sont visibles). Le plomb est gris-mat, mou (on peut le rayer à l'ongle) et a souvent un raccordement par soudure plomb épais. Les tuyaux en cuivre ou en PER (matière synthétique orange ou bleue) ne posent pas ce problème.
- Les analyses du contrôle sanitaire. Si votre commune a déjà eu un dépassement signalé pour le plomb, l'information figure dans le bulletin annuel de qualité de l'eau diffusé avec votre facture. Vous pouvez aussi consulter la fiche de votre commune sur Mon Eau pour voir les paramètres analysés.
Que faire en pratique ?
- Laisser couler l'eau quelques dizaines de secondes le matin (ou après une absence prolongée) avant de la consommer ou de cuisiner. La première eau du matin a stagné toute la nuit dans les tuyauteries : c'est elle qui peut être la plus chargée.
- Privilégier l'eau froide pour la boisson et la cuisine. L'eau chaude dissout davantage les métaux des canalisations.
- Faire réaliser une analyse à votre robinet en cas de doute. De nombreux laboratoires agréés proposent ce service ; le coût est de quelques dizaines d'euros.
- Remplacer les canalisations en plomb reste la seule solution durable. Pour un immeuble en copropriété, il s'agit d'un sujet à porter en assemblée générale.
- En attendant un remplacement, un filtre certifié anti-plomb (type osmose inverse ou filtration sur résine échangeuse d'ions) installé sous l'évier offre une protection efficace.
Pour aller plus loin
- Ministère de la Transition écologique, Risques liés au plomb et autres risques sanitaires.
- Santé dans la construction : plomb et légionelle (ministère de la Transition écologique).
- Directive européenne (UE) 2020/2184 sur la qualité de l'eau destinée à la consommation humaine.
- Qualité de l'eau potable (portail santé.gouv).


