L'eau du robinet en Bretagne est l'un des sujets sanitaires les plus suivis de la région. Tous les ans, les Agences régionales de santé (ARS) effectuent plusieurs dizaines de milliers de prélèvements dans les unités de distribution publique (UDI), et publient les résultats sur la base ouverte SISE-Eaux. En 2024 et 2025, plusieurs dépassements de seuil ont été documentés, principalement liés à des métabolites de pesticides, c'est-à-dire des produits de dégradation de molécules utilisées en agriculture, parfois interdites depuis longtemps.
De quoi parle-t-on ?
Le code de la santé publique (article R.1321-2) impose un seuil de 0,1 µg/L par molécule et 0,5 µg/L pour la somme des pesticides dans l'eau destinée à la consommation humaine. Ces limites de qualité sont issues de la directive européenne 2020/2184 sur l'eau potable, transposée en droit français.
Depuis 2020, l'Anses a recommandé d'inclure dans la surveillance des métabolites jusque-là non recherchés, comme :
- ESA-métolachlore (Acide éthane sulfonique du métolachlore), métabolite d'un herbicide largement utilisé sur le maïs
- R471811 et R417888, métabolites du chloridazone, herbicide interdit en France depuis 2020 mais dont les résidus persistent dans les sols et les nappes
- Diméthachlore-ESA, Diméthénamide-ESA
Ces molécules ne sont pas considérées comme « pertinentes » au sens sanitaire selon l'Anses (faible toxicité), mais leur dépassement entraîne tout de même un statut de non-conformité au sens du code de la santé publique.
Que disent les chiffres ?
Sur la période récente, plusieurs centaines de communes bretonnes ont enregistré au moins un prélèvement non conforme. Les départements du Finistère (29) et des Côtes-d'Armor (22) sont historiquement les plus concernés, en raison d'un fort héritage agricole et d'une géologie favorisant le ruissellement.
Pour visualiser la situation à l'échelle de votre commune ou département :
- Voir la carte interactive, bascule sur « Pesticides » dans le filtre des familles
- Finistère · Côtes-d'Armor · Ille-et-Vilaine · Morbihan
Que faut-il faire si ma commune est concernée ?
Plusieurs réponses sont possibles selon l'origine du dépassement :
- Dérogation préfectorale : pour des dépassements faibles et non urgents sur le plan sanitaire, les ARS peuvent accorder des dérogations temporaires (jusqu'à 3 ans renouvelables une fois) le temps de mettre en place une solution.
- Investissement dans une nouvelle filière de traitement : généralement par charbon actif en grain, qui retient efficacement la plupart des métabolites organiques.
- Mélange (dilution) avec une ressource non polluée, quand c'est techniquement possible.
- Restriction de consommation pour les nourrissons et femmes enceintes en cas de dépassement plus important, mais ces cas sont exceptionnels.
« L'eau du robinet en France reste l'un des aliments les plus contrôlés. Un dépassement ponctuel de 0,1 µg/L sur un métabolite n'est pas un risque sanitaire immédiat. C'est en revanche un signal qu'il faut traiter à la source. », Agence régionale de santé Bretagne
Un héritage agricole de plusieurs décennies
La présence de ces métabolites s'explique en grande partie par la persistance des molécules mères dans les sols et les nappes phréatiques. Le chloridazone, par exemple, a été utilisé pendant 60 ans sur les cultures de betterave avant d'être interdit en 2020. Ses produits de dégradation continueront à apparaître dans les analyses pendant encore plusieurs décennies, le temps que les nappes se renouvellent.
Côté solutions, le Plan Eau prévoit 53 mesures, dont l'accompagnement des collectivités pour rénover ou diversifier leurs ressources, ainsi qu'un volet de réduction des usages de produits phytopharmaceutiques.
Pour aller plus loin
- Dataset SISE-Eaux sur data.gouv.fr (données brutes du contrôle sanitaire commune par commune).
- Tableau Métabolites pesticides : Anses (recensement des molécules suivies dans les eaux destinées à la consommation humaine).
- Avis de l'Anses sur la pertinence des métabolites de pesticides.
- ARS Bretagne : Pesticides et métabolites.


