Santé environnementale

Radon en France : ma commune est-elle exposée ? Les chiffres officiels par département

· Publié le 20 mai 2026
Radon en France : ma commune est-elle exposée ? Les chiffres officiels par département

6 760 communes françaises sont en classe 3 d'exposition au radon (potentiel significatif) selon le classement IRSN/BRGM 2018. Le radon est la 2e cause de cancer du poumon après le tabac (3 000 décès/an). Top des départements concernés, cadre réglementaire 2018, lien avec l'eau et conseils pratiques pour mesurer et réduire l'exposition.

Vous avez peut-être déjà entendu parler du radon sans savoir exactement de quoi il s'agit. Ce gaz radioactif d'origine naturelle, issu de la désintégration de l'uranium des roches, est pourtant la 2e cause de cancer du poumon en France derrière le tabac (environ 3 000 décès par an selon Santé publique France). Et il est étroitement lié à la nature géologique de votre commune. Sur Mon Eau, nous avons importé l'intégralité du classement officiel IRSN/BRGM pour les 35 000 communes françaises : 6 760 d'entre elles sont en zone 3, à potentiel significatif. Décryptage.

Qu'est-ce que le radon, et pourquoi est-il dangereux ?

Le radon (Rn-222) est un gaz incolore, inodore, sans saveur, issu de la désintégration radioactive de l'uranium 238 présent dans les roches profondes. Il s'échappe en permanence du sol et se dilue dans l'air extérieur sans danger. Mais quand il s'accumule dans un espace confiné (cave, vide sanitaire, rez-de-chaussée mal ventilé), il peut atteindre des concentrations problématiques. Une fois inhalé, ses descendants radioactifs (polonium 218 et 214) se déposent dans les bronches et provoquent au fil des années des cancers du poumon.

L'Organisation Mondiale de la Santé a classé le radon comme cancérogène certain pour l'homme (groupe 1) dès 1988. La directive européenne 2013/59/Euratom impose désormais aux États un niveau d'action de 300 Bq/m³ dans les Établissements Recevant du Public (ERP) et recommande de viser 100 Bq/m³ chez les particuliers.

Le classement officiel à 3 niveaux

Depuis l'arrêté du 27 juin 2018, la France est découpée en 3 zones d'exposition au radon, déterminées commune par commune en fonction du potentiel géologique de remontée du gaz. Cette classification, élaborée par l'IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) et le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), repose sur la nature des roches sous-jacentes :

Classe 1 : potentiel faible (26 172 communes)
Sols sédimentaires : Bassin parisien, Aquitaine, Champagne, Picardie. Le radon est piégé en profondeur sous les couches calcaires et argileuses. Pas d'obligation particulière pour les bâtiments.
Classe 2 : potentiel moyen (2 029 communes)
Zones intermédiaires, transitions géologiques, présence de failles. Vigilance recommandée pour les bâtiments anciens à sous-sol.
Classe 3 : potentiel significatif (6 760 communes)
Sols granitiques, schisteux, volcaniques. Le radon remonte facilement par les fissures. Mesure obligatoire dans les ERP (écoles, crèches, hôpitaux, lieux de travail souterrains). Fortement recommandée chez les particuliers.

Les départements les plus exposés

La géographie du radon épouse celle du vieux socle hercynien, c'est-à-dire les massifs anciens cristallins. Le top des départements en termes de nombre de communes en classe 3 :

  1. Puy-de-Dôme (63) : 321 communes – Massif central, granites et roches volcaniques.
  2. Saône-et-Loire (71) : 265 communes – extrémité orientale du Massif central.
  3. Côtes-d'Armor (22) : 262 communes – granites bretons.
  4. Loire (42) : 256 communes – granites du Forez et du Pilat.
  5. Creuse (23) : 242 communes – granites du Limousin.
  6. Finistère (29) : 242 communes – pointe bretonne granitique.
  7. Ardèche (07) : 234 communes – bordure cévenole.
  8. Corrèze (19) : 226 communes – plateau de Millevaches.

Les Vosges, le Morvan, les Ardennes, la Corse sont aussi très largement classées. À l'opposé, l'Île-de-France, la Picardie, l'Aquitaine sédimentaire sont presque entièrement en classe 1. Pour vérifier votre commune précise, consultez notre carte nationale du potentiel radon.

Que dit la réglementation ?

Le cadre réglementaire français découle de la directive Euratom 2013/59 et du Code de la santé publique (art. L1333-22 et R1333-28 et suivants) :

  • Les ERP situés en zone 3 (écoles, crèches, EHPAD, hôpitaux, salles de sport, locaux de travail souterrains) doivent mesurer le radon tous les 10 ans et déclencher des travaux correctifs si la concentration dépasse 300 Bq/m³.
  • Les employeurs de tout site situé en zone 3 doivent évaluer les risques pour les salariés en sous-sol ou en rez-de-chaussée sans ventilation.
  • Pour les particuliers, il n'y a pas d'obligation, mais une recommandation forte de mesurer dans les communes de zone 3. L'État des Risques et Pollutions (ERP) joint à toute vente ou location immobilière en zone 3 ou 2 mentionne l'exposition au radon.
  • Le ministère de la Santé déploie le Plan National d'Action Radon 2020-2024 (en cours de renouvellement pour 2025-2030) qui finance des campagnes de mesure gratuites dans certaines zones.

Comment mesurer chez vous ?

La mesure du radon est facile et peu coûteuse. Elle se fait avec un dosimètre passif à poser pendant 2 mois minimum (idéalement de novembre à mars, période où les bâtiments sont moins ventilés). Plusieurs options :

  • Auto-mesure : kits commercialisés à 30-50 € par l'IRSN, Algade, Pearl, Dosirad. Le dosimètre est ensuite renvoyé au laboratoire qui calcule la concentration moyenne et envoie un rapport.
  • Mesure professionnelle : opérateurs agréés ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire). Compter 200-500 € selon la surface. Recommandé en cas de vente immobilière ou de niveau initial élevé.
  • Campagnes gratuites : certaines ARS et préfectures distribuent des kits dans les communes de zone 3 fortement peuplées. Renseignez-vous en mairie.

Posez les dosimètres dans les pièces où vous passez le plus de temps : salon, chambres. Au moins deux unités par logement (RDC + étage). Évitez les cuisines et salles de bains (humidité fausse les mesures).

Que faire si la concentration est élevée ?

Si votre mesure dépasse 300 Bq/m³, plusieurs actions efficaces, classées du plus simple au plus lourd :

  1. Ventiler : ouvrir les fenêtres 10 minutes 2× par jour, même en hiver. Vérifier que les bouches de VMC ne sont pas obstruées. Coût : 0 €. Gain : 30 à 50 % de réduction.
  2. Installer une VMC double flux : 4 000-8 000 € mais réduit le radon de 80-90 % en plus d'améliorer la qualité de l'air général.
  3. Étanchéifier les passages sol-mur : silicone, mousse expansive autour des canalisations, fissures, joints de dilatation. Quelques centaines d'euros, 30-50 % de réduction.
  4. Drainer le sol sous le bâtiment : drainage périphérique avec membrane étanche + puisard ventilé. 5 000-15 000 € selon configuration. Très efficace en cas d'eau dans la cave.
  5. Système de Sous-Pression du Sol (SDD) : extracteur installé sous la dalle qui aspire le radon avant qu'il n'entre. 2 000-5 000 €, jusqu'à 95 % de réduction. Solution la plus efficace pour les maisons individuelles.

Le radon dans l'eau du robinet ?

Une partie du radon du sol se dissout dans les eaux souterraines qui circulent en milieu granitique. La directive Euratom 2013/51 fixe à 100 Bq/L la valeur paramétrique de référence pour le radon dans l'eau de consommation. Les ARS réalisent des analyses dans les zones à fort potentiel radon (Massif central, Bretagne, Vosges, Corse).

Mais attention : le radon dans l'eau est principalement un problème par dégazage à l'air intérieur (sous la douche, dans le lave-linge, le lave-vaisselle qui chauffent l'eau et libèrent le gaz dans l'air ambiant), plus que par ingestion directe. Une eau à 100 Bq/L peut contribuer jusqu'à 100 Bq/m³ supplémentaires dans l'air d'une salle de bains mal ventilée. C'est pourquoi le suivi croisé eau-air-radon est essentiel dans certains territoires.

Aller plus loin

Sources : arrêté du 27 juin 2018 (classement national) · directive 2013/59/Euratom · Code de la santé publique art. L1333-22 et R1333-28 · IRSN · BRGM · données 34 961 communes importées par mon-eau.com via l'API Géorisques /radon.

Source des données : SISE-Eaux / data.gouv.fr  : données diffusées sous Licence Ouverte ETALAB 2.0.

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